La vérité, sans
blague...
Il y a près d'un siècle, une
expédition polaire américaine recruta un jeune esquimau du Groenland. Satisfait
de ses services, les organisateurs le récompensèrent en lui faisant visiter la
ville de New York. Quelle ne fut pas son émotion en découvrant les splendeurs de
la civilisation moderne naissante ... Il était ébloui par tout ce qu'il voyait
et entendait. C'était plus qu'un rêve. Il entrait dans un autre monde que le
sien !
De retour dans son village natal
du Pôle Nord après ce bref séjour, il tenta de raconter autour de lui toutes ces
merveilles. Il essaya de décrire ces igloos si hauts qu'ils se perdaient dans
les nuages. Comment la ville était replie de petites maisons sur roues où
vivaient des personnes en constant mouvement et qu'on appelle automobiles. Il
n'oubliait pas le gigantisme des ponts et le bruit des bateaux. Il expliquait
avec ses mots, que la lumière pouvait être artificielle, sans feu ni soleil.
C'est cette lumière-là qui éclairait la grande ville toute la nuit comme des
milliers de lunes réunies...
C'est avec incrédulité et
froideur que les gens l'écoutèrent. Ils lui donnèrent même un surnom : Sagdluk,
qui signifie "menteur". Et jusqu'à la fin de ses jours il porta ce nom,
emportant jusque dans la tombe l'opprobre et l'incompréhension.
Des années plus tard,
l'explorateur suédois Rasmussen monta sa fameuse expédition, allant du Groenland
à l'Alaska. Il y associa des esquimaux dont l'un d'eux s'appelait Mitek. Mitek
visita ensuite les villes de Copenhague et de New York. Là encore, l'émotion et
l'éblouissement furent intenses. Revenu au Groenland, ils se souvint de la
tragédie qui s'était abattue sur Sagdluk. Il décida donc que ce n'était pas très
prudent de dire la vérité ! Il vaudrait mieux qu'il raconte à son peuple des
histoires qu'il puisse comprendre et souhaite entendre. En même temps, il
sauverait sa réputation.
Il expliqua alors comment il
avait dressé des campements sur les bords de la Grande Rivière Hudson et avec
quelle efficacité il avait chassé en canoë, les canards, oies, et divers
gibiers. Pour ses semblables, Mitek était un héros, vaillant et honnête homme...
même s'il connaissait la vérité, sa prudence avisée lui permettait ainsi de ne
courir aucun risque et évitait l'offense. De ce fait, ses voisins dans
l'ignorance, le considéraient avec respect, jusqu'à la fin de ses jours.
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Chers amis, ne sommes-nous pas
soaussi tentés d'occulter la vérité, parce qu'elle dérange ou parce qu'elle
risque de ne pas être acceptée ? Ne filtrons nous pas aussi, peut-être trop,
simplement pour être tranquilles ?
Plusieurs textes de la Bible nous
parlent des prophètes, c'est à dire des porte-paroles de Dieu. N'avaient-ils pas
aussi la mission d'annoncer "un monde nouveau", n'étaient-ils pas aussi souvent
mal compris et rejetés ? Michée en faisait partie. Appelé devant le roi, on lui
dit que les autres prophètes sont unanimes pour dire du bien. Que ta
parole s'accorde avec la leur : tu diras du bien ! lui dit-on...
Mais à Michée de répondre :
L'Eternel est vivant ! Ce que l'Eternel me dira, je l'annoncerai. (à
lire en 1 Rois 22)
Michée avait horreur des
prophètes qui égaraient le peuple de Dieu, qui annonçaient la paix si leurs
dents ont quelque chose à mordre, et qui publient la guerre contre qui ne leur
met rien dans la bouche (Michée 3.5).
Sadluk, Michée : voilà deux
hommes qui ont dit la vérité. Leur exemple nous montre que ceux qui disent
la vérité ont souvent un chemin rempli d'embûches et trouvent rarement beaucoup
de sympathie de la part de ceux à qui ils s'adressent.
Et nous, la vérité, osons-nous
l'entendre, la dire aussi ?
Rolf MAIER
